Mon engagement à l’extrémité de la science (citoyenne)

En tant qu’étudiant, je voudrais ici dire pourquoi je me suis engagé en thèse de doctorat en science citoyenne.

Durant ma dernière année d’étude de master j’ai co-écrit un petit livre intitulé « Nos liens au monde : penser la complexité ». Il examine ce qui n’est pas enseigné à l’école. Il n’est jamais mentionné à l’école que chaque pensée prend forme à partir d’une certaine conception du monde. Ce n’est pas un hasard si au niveau politique, économique et écologique le discours proposé aux citoyens soit globalement homogène. C’est le symptôme d’un large éventail de pensées reposant sur un mode de pensée particulier, basé sur la simplicité. Au prisme de la simplicité, l’être humain, la société, la nature apparaissent comme des entités séparées. 

En tant que jeune, que faire face à ce constat ? Plutôt que d’entrer directement dans l’arène politique et in fine très probablement reproduire à l’identique ce qui est déjà fait, il apparaît plus sage au préalable d’interroger ce qui pourrait redonner du sens, à savoir de développer une conception du monde capable d’aligner à la fois la nature, la société et l’être humain. C’est une question que se posent beaucoup les jeunes, surtout par les temps qui courent. C’est une question fondamentale. Elle en ouvre beaucoup d’autres : comment redonner du sens à l’école ? Comment y insuffler la créativité ? Comment penser au-delà des carcans disciplinaires ? Comment considérer que l’enfant et l’étudiant sont porteurs de germes d’avenir ? Comment penser la grande histoire qui nous relie tous, celle qui contient tout à la fois le Big Bang, les étoiles, l’apparition de la vie, l’émergence des sociétés humaines ? Autant de questions qui tiennent en une seule : comment penser la complexité ?

Voici ce qui n’est pas enseigné à l’école, ni même à l’université. Cela repose sur une question apparemment très simple : comment penser la complexité ? Penser la complexité nécessite toutes formes de regards et d’intelligences. Mais il faut d’abord comprendre comment les rassembler. C’est là qu’intervient la science citoyenne. Il n’y a pas de définition précise à la science citoyenne. C’est peut-être mieux ainsi car elle reste par conséquent ouverte à de nouvelles contributions innovantes. Globalement, la science citoyenne peut se définir comme un éventail d’activités où les scientifiques professionnels et non-professionnels travaillent ensemble pour répondre à une question posée par un scientifique professionnel.

L’équipe de recherche ExCiteS de University College London (UCL) pousse ce concept de science citoyenne à ses limites en postulant que tout le monde, y compris les personnes analphabètes ou les personnes marginalisées, peuvent prendre part à la science en posant eux-mêmes une question qu’ils veulent résoudre. Par exemple, les chasseurs-cueilleurs des forêts humides du Congo ont choisi de résoudre les problèmes liés au braconnage illégal. Une fois que la communauté indigène a décidé d’une question de recherche, les scientifiques professionnels lui donnent les moyens de résoudre cette question en récoltant des données, et en les analysant au moyen de cartes (voir ici 7 autres cas d’étude).

Pourquoi me suis-je engagé en thèse de doctorat dans ce formidable projet ? Parce qu’il constitue une expérimentation pratique qui teste une solution à l’un des plus grands défis du 21e siècle : comment faire face à la complexité du monde ? Si aujourd’hui, la tâche nous apparaît par trop hardie, c’est certainement parce qu’on demeure encore dans un modèle du passé dans lequel seule une minorité d’intelligences a voix au chapitre. Nous pouvons pourtant facilement dépasser ce modèle dès l’instant où le critère de sélection n’est plus « je suis le meilleur » mais « je reconnais que chacun sait quelque chose et que l’on peut construire à partir de ce savoir ». La science citoyenne entreprend l’étape suivante, à savoir, comprendre comment co-produire des connaissances ensemble ?

Pourquoi me suis-je engagé à l’extrémité de la science (citoyenne) Parce que si l’on démontre que les citoyens peuvent efficacement faire face aux problèmes sociaux, économiques et environnementaux dès lors qu’on part de leurs besoins et qu’on leur donne les moyens de prendre part à la science, alors on change de conception du monde. On passe d’un monde basé sur la compétition à un monde basé sur la coopération. Et c’est tout notre modèle politique qui s’en voit bouleversé. Pour moi, la science est avant tout un engagement politique, vers plus d’égalité sociale.

Fabien Moustard

Pour en discuter d’avantage, je vous invite à me contacter à l’adresse mail suivante :  f.moustard@ucl.ac.uk

Remerciements :

En tant qu’étudiant, je souhaite exprimer ma gratitude à tous ceux qui m’ont enseigné ce qui n’est pas enseigné à l’école, particulièrement Muki Haklay, Jerome Lewis, François Taddei, Philippe Destatte et Edgar Morin, et également les membres de l’équipe ExCiteS et les institutions ayant permis cet engagement : University College London (UCL) et le Conseil Européen de la Recherche (ERC).  


ECSAnVis project has received funding from the European Research Council (ERC) under the European Union’s Horizon 2020 research and innovation programme (Grant agreement No. 694767, ERC-2015-AdG).

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